Michel Butor à propos de Mobile : “je voulais donner le sentiment de la dimension des états unis et c’est pourquoi j’ai choisi en partie la forme fondamentale du texte non pas la phrase pour le récit mais la nomenclature, la liste. Parce qu’une phrase est une structure fermée, il y a un point, on ne peut rien y ajouter tandis qu’une liste ça peut toujours être quelque chose d’ouvert, on a toujours le sentiment qu’on pourrait rajouter encore un élément.”


Le blog de patric jean (http://patricjean.blogspot.fr)

Je suis tombée sur ce blog en cherchant avec notre ami google les mots : “non linéaire” et “texte”.
J’ai été assez surprise de voir que l’auteur de ce blog (Patric Jean, cinéaste, artiste et militant féministe) proposait un point de vue non pas seulement narratif (littéraire et cinématographique) sur la non-linéarité, mais bien plus large, en faisant des rapprochements avec la politique actuelle et l’évolution de notre société. Chouette, ça m’intéresse.

"Nous vivons aujourd’hui une double révolution et une impasse socio-économique. La première révolution est culturelle: nous changeons de civilisation pour passer d’une tradition linéaire à une autre, non-linéaire"
http://patricjean.blogspot.fr/2014/01/lepreuve-du-systeme-taubira-vallaud.html

"De nombreux créateurs s’enfoncent dans la brèche pour inventer de nouvelles formes de narration. Au mode narratif linéaire (tout le monde voit, lit ou entend le même début et la même fin) sur lequel se sont bâties toutes les civilisations se substituera sans doute un mode non-linéaire dont on peine encore à imaginer ce qu’il sera. Il s’agit là sans doute d’un tournant de civilisation (une mutation technologique entraînant toujours une mutation culturelle) dont l’ampleur ne peut se mesurer avec nos concepts actuels."
http://patricjean.blogspot.fr/2010/02/les-anti-ivg-le-reel-et-le-virtuel.html

http://patricjean.blogspot.fr/2010/12/les-effets-non-lineaires-des-fuites-sur.html
Article parlant de la vision non-linéaire du pouvoir par Julian Assange

"En effet, la linéarité a organisé toutes les sociétés écrites : récits, littérature, histoires familiales, textes religieux, cinéma, biographies sont autant de façon de raconter des éléments placés le long d’un fil linéaire et pris dans un support aussi linéaire (le livre, la bobine de film, la cassette vidéo). Dieu a fait le monde en six jours et s’est reposé le septième, jamais le troisième ou le cinquième. Une vie se raconte par le fil qui va de la naissance à la mort. Sauf erreur, tous les spectateurs voient dans le même ordre les bobines d’un film, dans toutes les salles de cinéma du monde. Même les thèses et essais, imprimés sur un support linéaire sont organisés comme s’ils racontaient une histoire. Leur table des matières comprend une organisation qui semble chronologique soulignée par des nombres.

Or voici que par hasard (il n’a pas été inventé pour cela, pas plus que l’écriture ou la monnaie ne l’ont été pour leur usage actuel) nous est proposé un système de production et de transmission de connaissance dont l’organisation n’est pas nécessairement linéaire. On a tout d’abord découvert l’hypertexte comme un gadget sans toujours comprendre immédiatement à quel point son usage modifierait notre rapport au texte et à son contenu. Le web2.0 a ouvert des portes à de nouvelles formes de productions culturelles où l’auteur disparaît derrière le partage, l’échange, l’enrichissement par une collectivité plus ou moins anonyme. Mais là aussi, l’illusion a pu faire penser qu’il s’agissait d’éléments secondaires propres à la procrastination. Alors qu’il faut considérer ces exemples comme des symptômes d’un changement paradigmatique majeur.

Assange lui-même dans un texte (The non linear effects of leaks on unjust systems of governance) daté de 2006, considère les rapports politiques selon une nouvelle donne. La linéarité du pouvoir (du gouvernant au citoyen en passant par tous les échelons) a disparu pour être remplacée par une structure non-linéaire en réseau internatinoal d’influence politique, économique, financière, religieuse. Il n’y a plus d’ennemi visible auquel s’attaquer, plus de véritable monarque en Occident, plus de patron au coin de la rue. On a vu de petits employés être licenciés par leur entreprise dans le but de faire grimper le taux d’une action dont leur fond de pension était bourré. Selon Assange, s’attaquer aux rapports de force injustes implique, comme on l’a vu, une stratégie du non-linéaire. On comprend mieux pourquoi il terrifie les conseils d’administration de multinationales autant que les gouvernements eux-mêmes.

La non-linéarité qui s’impose deviendra donc rapidement un enjeu politique majeur. Car ce code informatique, les systèmes et les réseaux qui le transportent peuvent être appropriés, monopolisés, censurés, interrompus. Ils sont et seront l’objet d’enjeux financiers sans pareil.

Mais l’enjeu est aussi culturel. Car l’appropriation de ces nouveaux outils par les multinationales à visées commerciales est obligatoire. La fabrication à bas coût de programmes passera par les mêmes recettes qu’en vidéo linéaire par exemple: pornographie, vulgarité, manipulation de l’opinion à des fins marchandes et consuméristes avec, au mieux, vidéos de chiens jouant du piano. Il s’agit donc d’un nouveau terrain au combien plus vaste de lutte pour la défense d’une véritable production culturelle qui pourrait trouver une nouvelle liberté.

Car on a vu l’émergence d’auto-productions multiformes (la musique sur Myspace par exemple) mais dont la visibilité est toujours confinée à une micro niche. L’un ou l’autre court métrage a fait le buzz sur Facebook. Mais nous n’assistons pas à un raz de marée culturel où chaque internaute deviendrait un artiste méconnu.

Car la véritable production culturelle restera sans doute (avec des exceptions notoires) la particularité d’auteurs qui passent tout leur temps à se débattre dans leurs obsessions.  D’où aussi la domination de classes sociales dont les moyens financiers peuvent permettre à leurs membres de ne pas vivre immédiatement de leur art. Au final, l’internaute restera essentiellement et pour un long moment encore, un internaute, un navigateur participant à l’inter. Mais l’inter quoi ? Telle est la question.

Pour prendre l’exemple de l’auteur de cinéma qui observent le réel (documentaire, fiction ou inter-genre), quel sens peut avoir la non-linéarité dans son écriture. Spontanément, les pionniers du genre ont cherché à trouver de nouvelles formes de linéarité qui ne soit temporelle. Ils ont trouvé d’autres méthodes déjà connues de répartir les différentes parties de leur production pour leur donner un sens.

La carte de géographie vraie ou imaginaire a été l’outil incontournable des premiers webdocumentaires : on plaçait des vidéos linéaires sur un espace en deux dimensions qui rappelait à tout internaute la carte Michelin ou celle du tendre. On a redécouvert les bonnes vieilles projections de diapositives devenues web et agrémentées d’une bande son hypersignifiante. Les photojournalistes du monde ont ainsi trouvé une seconde vie à leur production dont la valeur marchande diminuait à vue d’œil.

On a classé des vidéos (encore) linéaires sur des « time-line », dans des colonnes thématiques, et ensuite le long d’arborescences qui ne faisaient que complexifier un peu le fil linéaire.

Pendant ce temps, des mondes virtuels bouleversaient nos concepts sans faire couler beaucoup d’encre. Il s’agit là de créer un avatar qui se déplace dans un monde en quatre dimensions (dont le temps) sans autre but que de recréer la vie réelle (le lien social, le sexe, et surtout le commerce) voire de la dépasser via des créations qui restent plutôt marginales. Ceux qui ont passé du temps dans un tel univers mesurent à quel point leur cerveau s’adapte vite à ce nouvel espace temps. Son aspect virtuel disparaît pour laisser place à une nouvelle « réalité » qui requestionne sensitivement celle du quotidien. Cette question-là sera centrale dans les années à venir pour les auteurs du cinéma du réel, si l’on peut encore l’appeler ainsi.

Mais l’invention effrénée de technologies nous oblige à penser bien plus loin, bien plus vite.

Les nombreuses familles qui jouent le we à des jeux vidéos ont maintenant la possibilité d’ajouter à leur « x-box » un outil (le Kinect) dont elles ignorent l’aspect révolutionnaire. Leur image éclairée par un damier infrarouge est analysée en trois dimensions par un système qui les intègre dans un espace virtuel en temps réel. Le jeu consiste à faire bouger à l’écran de la télé un avatar en 3D qui copie le moindre de nos gestes sur un terrain de jeu virtuel. Mais des hackers ont rapidement pris le contrôle de cette technologie qu’ils détournent via des programmes open source. Des utilisations détournées de l’objet bon marché viendront rapidement allonger la liste des outils disponibles pour l’artiste multimédiatique. Et pourquoi pas, pour rendre compte du réel ?

L’univers technologique numérique offre donc à l’auteur du réel le cinéma, la télévision et maintenant la télévision connectée enrichie d’applications, l’internet, le web (dont on annonce la disparition), les applications dont celles pour le téléphone mobile et l’Ipad, mais aussi toutes sortes de capteurs non visuels (chaleur, mouvement et autres) ainsi que la géolocalisation, la vidéo augmentée, la vidéo immersive, la réalité alternée et le monde réel comme espace d’expression interactive. Le tout permettant des connexions et complémentarités reprises sous le terme de transmédia. Avec toutes les interactivités possibles et imaginables.

Le spectateur tend donc à disparaître dans son sens habituel. Celui qui regarde, qui se tient face au « spectacle » est remplacé par celui qui est au centre d’une expérience créée pour lui et avec laquelle il peut interagir. D’une certaine manière, cette observation pourrait donner à imaginer la marginalisation du cinéma dans son acception actuelle et en revanche l’émergence de nouvelles formes de théâtre augmenté. Ou, pour le dire autrement, la marginalisation de la confrontation théâtrale dans sa forme classique à la faveur d’un cinéma interactif permettant l’expérience et intégrant le monde réel.

Car la dimension de la « réalité alternée » prendra, tout au moins dans une première étape, une place importante dans les nouvelles expressions en gestation. Ce qui signifie un redéploiement total des formes habituelles de production. Ce qui brouille la frontière entre le réel et le virtuel ou fictionnel et oblige à requestionner le réel dans son hypothétique réalité. Sans parler de l’aspect patrimonial…

Mais la question centrale qui se posera à l’auteur (on dira dorénavant l’ « architecte transmédia ») est encore et toujours celle du sens. Que dira t-il du monde ? Du monde réel. Mais aussi des mondes virtuels où les humains auront leur place.

On peut imaginer que les mêmes questions, les mêmes thématiques, les mêmes points de vue seront abordés dans la civilisation du non-linéaire. La plupart des acteurs le pensent aujourd’hui.

Pourtant a t-on vu dans l’histoire une révolution technologique aussi importante se dérouler sans provoquer de raz de marée culturel, sans bouleversement épistémologique, sans renversement des concepts ? Peut-on imaginer une « gamification» de la société (voir Michel Reilhac sur ce thème) qui ne transformerait pas les rapports de l’homme à l’homme, à la machine, au monde ?

On devine déjà les implications sociales et politiques vis à vis desquelles les psychologues sociaux nous mettaient déjà en garde. La « propagande glauque » (voir Beauvois) y trouvera des armes nouvelles et sans doute d’une puissance à ce jour inégalée. La question centrale restera de savoir au service de qui. 

La plupart des productions non-linéaires du réel, généralement reprises sous le vocable de webdocumentaire traitent il est vrai de questions anciennes et propre au linéaire. La plupart des webfictions foulent également les terrains déjà bien labourés de la fiction classique (le film de genre notamment). On attend avec impatience celles et ceux qui parviendront à trouver la piste (et les moyens) d’une écriture qui poserait des paradoxes nouveaux et intrinsèquement liés à des formes nouvelles.

En littérature, un exemple devrait nous ouvrir les yeux. House of leaves de Marc Danielewski est considéré par certains comme un roman d’horreur existentialiste. La structure non conventionnelle du livre (le moins que l’on puisse dire) renvoie à la nature du propos. Des narrateurs multiples interagissent dans une mise en page qui joue de l’agoraphobie ou de la claustrophobie par de très longues notes en bas de page comprenant elles-mêmes des annotations. Bouleversement de la linéarité, juxtaposition d’éléments (lettres, récit à la première personne, journal intime, description de films) dont la confrontation fait sens, lecture multi-plurielle et enfin jeu avec le code, le message, l’énigme jusque dans la forme des noms de certains personnages. La place du lecteur devient centrale dans cette œuvre impossible à résumer où chacun projettera ses propres images, ses propres métaphores, ses propres angoisses.

On perçoit donc comment la non-linéarité va permettre de fouler des terra incognita de la pensée et de la création. Dire que le public est déjà prêt à recevoir de telles oeuves serait sans doute optimiste mais rien n’empêche de penser que l’évolution sera très rapide. A condition que les financeurs prennent le risque de l’échec, voire utilisent l’échec pour apprendre et découvrir. Si une minorité a ce courage, cela suffira peut-être.”

http://patricjean.blogspot.fr/2011/02/ecriture-non-lineaire-et-cinema-du-reel.html


16/05

Je me demande si mon sujet de mémoire me satisfait réellement. Tout ce qui me vient à l’esprit et que je trouve à voir lors de mes recherches tourne surtout autour de la fracture entre édition numérique et édition papier. Tout ce que je vois est souvent défini par une esthétique “par défaut”, aseptisée et froide, qui reprend souvent les codes visuels des débuts du web. Cela me parle un peu, mais sans plus. C’est surtout une histoire de goûts personnels. Je m’intéresse du coup surtout à la structure des projets plus qu’à leur aspect visuel. Mais en dehors de cela, au niveau du contenu dont il est question, les projets étudiés tournent souvent beaucoup autour d’expériences personnelles, voire intimes de la lecture, de textes de poésie, de littérature. Ça me perturbe. Je m’intéresse beaucoup trop aux échanges, au “social” et au “politique”, aux gens, aux personnages et aux personnalités, aux expériences partagées et aux expériences de réseau au sens large du terme pour me retrouver dans tout ce que j’observe pour le moment.
Si je ne trouve pas ce que je cherche, c’est peut-être que je n’ai pas encore cherché assez et que c’est à moi d’emprunter d’autres sentiers, moins balisés peut-être, pour me frayer un chemin dans toutes les informations par lesquelles je passe pour me faire un mémoire vraiment sur mesure.


05/05 1

In the very beginning I started with asking myself how could I describe and categorize my works. It was not so about the style I could have and the graphic gimmicks I could use but more about the things and the elements which are present in each of my projects, even if I don’t see it everytime.

For instance, I made a book compilating all my different artistic influences. I thought about the way I could organize all of the images I choosed and I understood that it was possible to categorize if of those images into 2 big parts : one relative to a notion of order, one other to disorder. I meant order and disorder in visual forms, in composition, in colors, in topics, under social & political aspects… This analysis conduced me to create a book containing both of those 2 parts.Each of those references is linked either to the idea of order, or of disorder. Mustered in a single book, those references
are initially indexed in one of those two parts, indicated by geometric and universal symbols : ∥ and ∦. All pages are re-organised in an aleatory way, haphazardly arranged. The accidental binding disturbs the original order of the book. It makes each production unique. A poster slept in the book, like an erratum, makes the reader able to retrace the order of the pages.
Another example : I realized a video (short 4minutes format), in which I asked people to explain me what was their point of view about the french-german border, especially in the city of Kehl. I filmed the way that each of those 5 persons was walking through and realized that every people was walking in the same area but without meeting each other and their ways never crossed. So it was clear to me that I had to cut the interviews I had made to combinate it and to create a choral movie, in which a new purpose was created with a “commun mind”.

Well… what came in my mind observing my own work, was an idea of order and disorder, structuration and destructuration. I often work by creating “norms” in a book, a poster (…) and destructurating what I’ve just done.
This is how I had the idea to do researches about “non-linearity”.


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